La rentrée littéraire de Christophe Grossi, agence RELIEF

Rentrée littéraire août-septembre 2026

J’ai le plaisir de vous présenter mon programme de nouveautés des mois d’août et septembre 2026. Si c’est ma sixième rentrée littéraire avec Au vent des îles, la seconde avec Corti et la collection Traversée chez HarperCollins dirigée par Gwenaëlle Denoyers, vous noterez la présence de nouvelles maisons d’édition avec lesquelles j’ai débuté une collaboration en début d’année  : La BaconnièreLes ArgonautesLes Syrtes et Québec Amérique. Une rentrée littéraire stimulante, créative, éclectique et qui va une fois encore vous faire voyager aux quatre coins du monde puisque vous trouverez des premiers et seconds romans, francophones ou traduits du croate, du roumain et du néo-zélandais ainsi que la suite du Roitelet de l’écrivain québécois Jean-François Beauchemin et le nouvel opus de la grande styliste suisse Corinne Desarzens, deux auteur·e·s confirmé·e·s que je suis très heureux d’accompagner.

  • LA MAISON DU LAC, Marius Loris Rodionoff, Corti, août 2026
  • CAMPING, Lavinia Braniște, traduit du roumain par Sylvain Audet-Găinar, Les Syrtes, août 2026
  • LE CHANT DES RĒKOHU, Tina Makereti, traduit de l'anglais (Nouvelle-Zélande) par Cendrine Jarraud-Leblanc et Deborah Walker-Morrison, Au vent des îles, aoît 2026

27 août 2026 – Marius Loris Rodionoff, La maison du lac, Corti
160 pages – 17,50 € – 978-2-7143-1394-2 (CDE/Sodis)

Le premier roman de Marius Loris Rodionoff (connu jusqu’ici pour avoir publié de la poésie et un essai sur la guerre d’Algérie) est celui d’un marcheur, d’un promeneur solitaire qui a quitté provisoirement la ville, d’un homme à la recherche d’une maison isolée dans une forêt du Morvan, une maison qui serait à l’image de celle de ses grands-parents – des russes blanc déclassés qui se sont installés au XXe siècle sur les bords du lac Léman.

Très exigeant et excitant, ce roman est une traversée du territoire français en quatre points quasi cardinaux, le Léman et le Morvan à l’Est, les Cévennes au Sud, le Limousin à l’Ouest et la région parisienne au Nord. Il y a ici des registres de langue variés qui me rappellent tantôt Jean-Christophe Bailly et Julien Gracq pour le lien à la géographie et à la toponymie, Marc Graciano pour ce rapport très fort à la nature, Rabelais pour tout ce qui touche aux plaisirs de la table (on mange beaucoup dans ce roman), la poésie russe et les jeux de mots oulipiens en lien avec l’histoire familiale.

Ce roman incarne également à merveille la génération des trentenaires actuels pris entre militantisme et défaitisme, entre vie hyper urbaine et désirs de campagne.

Comme je vous le disais, ce primo-romancier est poète et historien. Vous retrouverez ses deux fils-là dans cette pérégrination physique et mentale que je vous recommande avec un plaisir gourmand, carte IGN en main.

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• 21 août 2026 : Tina Makereti, Le Chant des Rēkohu, traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Cendrine Jarraud-Leblanc et Deborah Walker-Morrison, Au vent des îles
240 pages, 21 € – 978-2-36734-648-9 (Harmonia Mundi équipe F)

Le premier roman de Tina Makereti sur l’amour et la filiation est une grande saga familiale qui se déploie sur un peu plus d’un siècle, dans laquelle des personnages sont liées par des secrets, des silences et des blessures : amours interdites, pères absents, enfants métis en quête de place. Porté par des femmes puissantes, prises dans les contraintes de leur époque mais d’une force remarquable, et inventant des formes de résistance, de soin et de transmission, le roman de Tina Makereti nous fait entrer dans un univers quasiment inédit en France.

Cette jeune autrice néo-zélandaise va en effet vous emmener dans des contrées lointaines et sans doute inconnues de vous : les îles Rēkohu, plus connues sous le nom d’îles Chatham au large de la Nouvelle Zélande, tout d’abord à la fin du XIXe puis cent ans plus tard.

Avant d’être colonisés par les Pākehā (les colons blancs d’origine européenne), les Māori, venus de Polynésie et équipés d’armes à feu, ont envahi Rēkohu et ont brisé la paix du peuple autochtone, les Moriori, par la violence. Ces derniers, profondément pacifiques et vivant selon un précepte ancestral qui leur interdisait formellement la guerre et la violence, ont été massacrés, dépossédés et réduits en esclavage par les Māori.

Chaque colonisation a son lot de sangs mêlés. Et cette histoire, s’inspirant de ce métissage, montre comment des jeunes issus de minorités ou du métissage, en lutte contre le racisme systémique, vont chercher le moyen de ne plus souffrir du traumatisme intergénérationnel tout en cherchant à se réapproprier leur héritage culturel.

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• 21 août 2026 : Lavinia Branişte, Camping, traduit du roumain par Sylvain Audet, Éditions des Syrtes
272 pages, 22 € – 9782940789153 (Harmonia Mundi équipe G)

Ce premier roman de l’autrice roumaine Lavinia Branişte a la particularité de se dérouler en Espagne en 2022, deux ans après le Covid. S’inspirant de l’expérience de sa mère, Lavinia Branişte choisit de nous raconter l’histoire d’une femme prise entre deux pays, entre espoir d’ascension et brutalité du réel. Après 20 ans de vie hors de son pays (la Roumanie) et tandis que l’âge de la retraite approche, Sofia reçoit la visite de son fils qui a désormais 25 ans. Il avait 5 ans lorsque sa mère s’était exilée pour des raisons économiques en Espagne. Il découvre que sa mère vit et travaille toujours dans le même camping depuis près de 20 ans. Et elle comprend qu’il a dilapidé l’argent qu’elle avait patiemment mis de côté…

Ce roman fourmille de personnages passionnants, drôles, révoltants, décalés, excentriques ou individualistes. C’est la société tout entière qui défile autour de Sofia qui est la gardienne du camping, une foule pleine de générosité, de tendresse, de bassesses et de vengeances.

Ce récit est ponctué de petites annonces pratiques, sérieuses, fantasques ou cocasses publiées sur la page Facebook de la communauté roumaine en Espagne.

Cette œuvre romanesque et sociologique sur l’exil ordinaire, celui des discrets, des invisibles, passionnerait Annie Ernaux, Didier Eribon ou plus récemment Mariana Alves (Chandeigne).

C’est juste admirable !

  • BAHÍA, Isabelle Cornaz, La Baconnière, août 2026
  • HERBIER DU SOUVENIR, Jean-François Beauchemin, Québec Amérique, août 2026
  • DES FEMMES SANS BOUCHE, Maud Jan-Ailleret, Traversée/HarperCollins, août 2026
  • TROIS, Corinne Desarzens, La Baconnière, septembre 2026
  • HORÉLIE, Delphine Saada, Traversée/HarperCollins, août 2026
  • TZIGANE, MAIS LE PLUS BEAU DE TOUS, Kristian Novak, traduit du croate par Chloé Billon, Les Argonautes, août 2026

21 août 2026 – Isabelle Cornaz, Bahía, La Baconnière
120 pages,18 € – 978-2-88960-199-8 (Harmonia Mundi équipe G)

L’écriture d’Isabelle Cornaz est tout en délicatesse et en même temps très assurée. Cette façon d’écrire des concentrés de vie quasi photographiques (les pages sont brèves et denses) et de construire son roman en interrogeant les archives familiales ou publiques et les souvenirs m’a parfois rappelé les deux premiers opus de Gabriella Zalapì.

Son roman se déroule à Palamós sur la Costa Brava (une partie de la famille de l’autrice vient de là avant son émigration en Suisse) et tente de mailler tourisme de masse, pêche, disparitions familiales dues au franquisme, exil. Il décrit par ailleurs avec beaucoup de précision et en poésie les transformations du paysage côtier et du corps de la narratrice, depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte (elle est enceinte au moment du récit).

J’ai succombé à son Bahía qui n’a rien à voir avec l’État fédéré du Brésil mais signifie “la baie” en espagnol.

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20 août 2026 – Jean-François Beauchemin, Herbier du souvenir, Québec Amérique
232 pages, 20 € – 978-2-7644-5768-9 (Dilisco)

« La mort d’un être aimé est presque toujours un éboulement. Mais cette dégringolade de pierres favorise sur la pente dévalée, labourée par le mouvement impétueux du matériau, la poussée prochaine de nouvelles fleurs. »

Herbier du souvenir s’ouvre deux ans après la mort du frère schizophrène du narrateur, celui-là même qui était au cœur du Roitelet, l’un des précédents romans de Jean-François Beauchemin qui s’est vendu toutes éditions confondues à 100.000 exemplaires.

L’auteur québécois nous offre plus de 200 pages d’instantanés, tout en rencontres et en surprises, d’une créativité bluffante, avec un sens aigu de l’observation, de l’interprétation et de la restitution mais aussi dans une prose poétique éloignée de toute naïveté. Si la mort était très présente dans le premier opus alors que le frère fou de poésie était encore en vie, ici ce dernier a disparu mais la vie n’a jamais semblé aussi présente dans les propos du narrateur. Quelle magnifique idée d’envisager un herbier avec ses souvenirs comme on le fait en général avec les plantes ! Ainsi ceux-ci comme celles-là ne mourront jamais.

Roman sur la perte, le deuil, la force du lien fraternel, la beauté de la nature et du vivant (cet ensemble de forces qui résistent à la mort), Herbier du souvenir – à l’instar de la Lettre à D. d’André Gorz – va très vite faire partie (j’en fais le pari) des livres-compagnons qui, parce que justes et bouleversants, nous aident à mettre des mots sur nos douleurs et nos besoins de consolation.

Assurément un futur gros coup de cœur !

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19 août 2026 – Maud Jan-Ailleret, La femme sans bouche, Traversée / HarperCollins
336 pages, 19,90 € – 979-1-0339-2904-8 (Hachette Littérature 3)

Voilà un roman qui plaira à un public très large ! À la fois facile à lire et très bien écrit et construit, aussi lumineux que positif, il met en scène une narratrice pour qui j’ai eu de suite de l’empathie. J’ai aimé découvrir cette gynécologue de 42 ans qui a priori ne peut avoir d’enfants, cette femme qui ne parvient pas à satisfaire son compagnon et qui se foule la cheville la veille de partir faire le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle avec lui, cette fille, petite-fille, nièce et amie qui se trompe de névroses mais qui est d’une opiniâtreté salvatrice.

J’ai aimé suivre sa quête ainsi que son enquête personnelles et familiales. Je l’ai soutenue dans ses moments de doute et je dois avouer que j’ai pleuré avec elle.

Ce roman qui traite avec beaucoup de finesse, d’intelligence et de sensibilité les non-dits et la question du traumatisme générationnel est un soleil à partager dans les jours gris.

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19 août 2026 – Delphine Saada, Horélie, Traversée / HarperCollins
208 pages, 19,90 € – 979-1-0339-2778-5 (Hachette Littérature 3)

Aurélie a trente ans. Elle est en prison car elle a commis un crime dont les médias ont fait leur chou gras. En attente de son jugement, dans le parloir face à l’avocat renommé qui s’est emparé de son affaire, elle parle. Les souvenirs refoulés surgissent avec violence et précision.

Aurélie ne se fait pas de cadeau. Et nous remontons avec elle, pas à pas, chacun des rouages qui l’ont, de manière incompressible, amenée à commettre le pire. À travers le contraste entre Hortense, une instagrammeuse à succès, et Aurélie, une jeune femme en mal affectif qui l’observe à s’y perdre, le récit interroge l’écho des identités numériques et la fascination qu’elles exercent.

L’écriture de Delphine Saada capte avec une acuité troublante les mécanismes de l’obsession et de la solitude dissimulés derrière les vitrines parfaites d’Instagram.

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4 septembre 2026 – Corinne Desarzens, Trois, La Baconnière
120 pages, 19 € – 978-2-88960-201-8 (Harmonia Mundi équipe G)

Trois. Trois comme le chiffre 3. Trois comme les trois enfants de la narratrice qui tous ont une vie originale, loin de ce que l’on nomme la norme.

Geste d’amour d’une mère pour chacun de ses enfants et leurs métamorphoses – ces chrysalides devenues papillons, ce roman est lumineux, drôle, vivant, surprenant. Goûtez-le !

Née à Sète en 1952, Corinne Desarzens vit en Suisse. Passionnée par les langues, elle est parfois traductrice et a publié une trentaine de livres entre romans, nouvelles et récits de voyage, dont une trilogie sur sa famille ou encore de L’Italie, c’est toujours bien, promenade buissonnière autour de L’Annonciation de Lorenzo Lotto que La Baconnière publiera en poche à la rentrée.

Corinne Desarzens est également lauréate de nombreux prix dont le prestigieux Grand Prix suisse de littérature 2026 et le Grand Prix Ramuz 2025.

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21 août 2026 : Kristian Novak, Tzigane mais le plus beau de tous, traduit du croate par Chloé Billon, Les argonautes
512 pages, 24,90 € – 978-2-487712-09-6 (Harmonia Mundi équipe G)

Voici une impressionnante seconde traduction signée Chloé Billon de Kristian Novak, immense auteur croate.

Son roman est d’une construction ingénieuse et d’une intensité envoûtante. Une fois embarqués dans sa polyphonie, impossible de la quitter. Ses quatre personnages – un réfugié syrien qui dans sa fuite a perdu jusqu’à lui-même, une femme rebelle qui revient dans son village natal après des déboires et tombe amoureuse d’un jeune Rom qui voudrait se sortir de sa situation et un flic censé expliquer les faits – forment les éléments de ce chœur autour duquel va et vient une communauté apeurée, idiote et brutale, conservatrice et raciste.

Ce grand roman européen fera des émules, j’en suis certain et les coups de cœur vont pleuvoir.

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