Rentrée littéraire août-septembre 2024

Rentrée littéraire août 2024

À la prochaine rentrée littéraire (août 2024), j’accompagnerai huit textes publiés par quatre maisons d’édition : Au vent des îles, Christian Bourgois, Globe et Quidam. Comme vous le remarquerez immédiatement, ce ne sont pas elles qu’on pourra accuser de surproduire et d’envahir les tables des librairies.

Vous découvrirez quatre nouveaux noms : ceux de deux primo-romancières françaises (Déborah Costes et Laure Desmazières) et de deux autrices traduites de l’italien et de l’anglais (Maria Grazia Calandrone et Missouri Williams). Vous retrouverez Mariette Navarro et Guillaume Collet qui signent chacun leur second roman ainsi que Patricia Grace et Peter Stamm, tous deux habitués à être traduits et publiés par leur maison d’édition respective depuis des années maintenant.

À la fin de cette présentation, vous découvrirez également les visuels des livres de poche des collections Les Nomades (Quidam) et Satellites (Bourgois-Globe).

  • REPRENDRE CORPS, Déborah Costes, Globe, août 2024
  • COUPEZ !, Laure Desmazières, Quidam éditeur, août 2024

22 août 2024 : REPRENDRE CORPS de Déborah Costes, éditions Globe
À vingt et un ans, la maladie contraint Déborah à interrompre ses études. Confrontée à une extrême précarité, elle décide de devenir camgirl. Mais très vite, cette activité ne suffit pas pour survivre financièrement. Elle sort de l’écran et devient escort puis dominatrice.
Alors que la parole des travailleuses du sexe reste un angle mort de la pensée post-MeToo, Déborah Costes dit ce qui ne se raconte pas : le métier dans toute sa complexité, la honte et le tabou imposés par les regards extérieurs, les clients que cette culture du silence protège. En exorcisant les clichés et les fantasmes qui entourent la figure de la prostituée, Déborah Costes nous tend un puissant miroir où se reflètent les rapports de domination à l’œuvre dans une société patriarcale.
Ce premier roman élaboré à partir de prises de notes sur son téléphone décrit la réalité de la narratrice au plus près de soi – sa précarité, sa maladie, ses activités, sa vie familiale, sentimentale et sexuelle. Tour à tour, elle confronte sa voix intérieure à celles entendues, boxe la langue ou vient la poser là où elle était contrainte de se taire. En prenant la parole, Déborah Costes reprend possession de son corps. Très remuant !

23 août 2024 : COUPEZ ! de Laure Desmazières, Quidam éditeur
Coupez !, première œuvre littéraire de Laure Desmazières, paraîtra à la rentrée littéraire. Le roman débute le premier jour du tournage d’un film dans une ville de province française – la narratrice en est la scénariste – quand le réalisateur, parce qu’il vient de subir une coupe budgétaire, demande à Manon de supprimer ses scènes et d’en réécrire d’autres pour le lendemain. Répondra-t-elle par l’affirmative ? Refuser pourrait avoir des conséquences fâcheuses pour la suite de sa carrière. Mais pourquoi dire oui à quelqu’un qui ne l’a pas encore rémunérée pour le travail effectué jusque-là ? Le temps presse car l’actrice principale du film pourrait se faire la malle d’une minute à l’autre. Sauf que Manon doit absolument retourner à Paris… Une course contre la montre s’engage alors, faite d’allées et venues dans l’espace mais aussi dans le temps. Car la demande du réalisateur a fait ressurgir un événement ancien, douloureux, refoulé.
Coupez ! est un roman sur les coulisses du milieu du cinéma et ses précaires. Il se lit comme on avale les kilomètres en TGV. L’autrice est scénariste dans la vie et elle excelle, non sans humour, dans l’enchaînement des scènes ainsi que par sa maîtrise du montage, des coupes, du tempo ou encore des dialogues.

  • LES MAINS PLEINES, Guillaume Collet, Christian Bourgois, août 2024
  • PALAIS DE VERRE, Mariette Navarro, Quidam éditeur, août 2024

22 août 2024 : LES MAINS PLEINES de Guillaume Collet, Christian Bourgois éditeur
Le couple, aisé, vit confortablement dans une grande maison bourgeoise à la campagne. Ils sont parents et grands-parents, mais la famille n’a jamais été leur priorité. Partir en vacances aux quatre coins de la planète leur a toujours semblé plus important que passer les fêtes de fin d’année avec leurs proches.
Même à leur âge avancé, ils ne demandent jamais de l’aide, malgré les difficultés, les peurs paranoïaques et les problèmes de mémoire qui s’intensifient. Et quand leur petit-fils, alerté par les voisins, sonne à la porte, il n’est pas vraiment le bienvenu. Il doit essayer de gagner leur confiance, et progresser pièce par pièce, avant de pouvoir leur porter secours…
Guillaume Collet aborde le thème de la démence du grand âge par un biais original, en dépeignant une famille où les inégalités sociales sont aussi déterminantes que les liens du sang. L’émotion affleure au détour des phrases syncopées de l’auteur, et son récit laissera le lecteur avec des images fortes et la gorge serrée.

30 août 2024 : PALAIS DE VERRE de Mariette Navarro, Quidam éditeur
Trois ans après Ultramarins, qui doit avant tout son succès à vos nombreux enthousiasmes (27.000 ventes tout de même) et qui reparaîtra en poche dans la collection Les Nomades chez le même éditeur, le tant attendu second roman de Mariette Navarro arrivera sur les tables à la toute fin du mois d’août.
Moins marin, plus urbain et radical, Palais de verre, via une double narration, dresse le portrait de Claire qui, après avoir subitement quitté une réunion de travail, va se réfugier sur le toit de la haute tour en verre où elle travaille et où elle passera de nombreuses heures, « prisonnière ». L’espace scénique du personnage n’est plus un cargo mais le toit d’un building. L’immensité qui l’entoure n’est pas l’océan mais le ciel – et les éléments auront une fois encore leur importance.
Palais de verre est un nouveau pas de côté, dans l’ordinaire des jours et le monde du travail cette fois, un grain de sable venant enrayer un mécanisme qui paraissait pourtant bien huilé dans cette tour au plafond de verre. Plus politique que Ultramarins, ce roman est tout aussi vertigineux. La langue est toujours aussi subtile, délicate et l’écriture organique, magnétique.
À travers Claire, Mariette Navarro creuse des thèmes déjà abordés dans son œuvre romanesque et théâtrale, les prolonge : le vertige, le difficile lâcher prise, le rapport entre dépendance et indépendance, la filiation et la hiérarchie ou encore la place des femmes dans la société, le travail, la collectivité.

  • MA MÈRE EST UN FAIT DIVERS, Maria Grazia Calandrone, traduit de l'italien par Nathalie Bauer, Globe, août 2024
  • LA DOLORIADE, Missouri Williams, traduit de l'anglais par Aurélien Blanchard, Christian Bourgois, collection Chimères, août 2024

22 août 2024 : MA MÈRE EST UN FAIT DIVERS de Maria Grazia Calandrone, traduit de l’italien par Nathalie Bauer, éditions Globe
Le 24 juin 1965 à Rome, un bébé est abandonné sur la pelouse de la Villa Borghèse. Ses parents, ce sont Lucia et Giuseppe. Mariée de force, la jeune femme s’est enfuie, quittant un mari et une belle-famille violents, pour vivre son grand amour. À cette époque, en Italie, cela rend Lucia et son compagnon criminels, coupables d’adultère et d’abandon du domicile conjugal. Sans parler du statut d’enfant illégitime qui va planer toute sa vie au-dessus de leur fille. Acculé par l’impossibilité de faire famille, le couple se résout à l’abandonner et à se suicider ensemble, dans les eaux du Tibre.
L’enfant orpheline, c’est Maria Grazia Calandrone. Cinquante ans plus tard, elle mène l’enquête pour retracer l’histoire de ses parents biologiques et comprendre leur geste. En explorant leur trajectoire, Maria Grazia Calandrone fait aussi revivre avec réalisme, dans une langue poétique et singulière, l’Italie de l’après-guerre en pleine industrialisation et la pression sociale destructrice pesant sur les femmes.

29 août 2024 : LA DOLORIADE de Missouri Williams, traduit de l’anglais par Aurélien Blanchard, Christian Bourgois Éditeur, collection Chimères
Parmi les ruines de l’ancien monde, dans un petit ensemble d’immeubles entouré de forêts en périphérie d’une grande ville, une petite communauté survie tant bien que mal malgré l’entropie qui ronge ce dernier havre pour l’humanité. L’impitoyable Matriarche, rare survivante du mystérieux cataclysme qui a mis fin à la civilisation, dirige d’une main de fer sa tribu, ses enfants. Elle souhaite sauver l’humanité et reconstruire le monde à son image, quoique cela veuille vraiment signifier.
Dans cet ersatz de jardin d’Eden, la jeune Dolores est le souffre-douleur de ses adelphes. Muette, souffrant d’un handicap lourd, elle est un poids pour le groupe. Stoïque, elle encaisse brimades et violences sans vraiment en comprendre les causes. Jusqu’au jour où, sur ordre de la Matriarche, Dolorès est emmenée dans la forêt par son oncle pour y être livrée à un autre groupe de survivants.
Mais contre toute attente – parce que cela est impossible –, au matin suivant, Dolores est de retour…
Avec ce premier roman, aussi drôle que cruel, Missouri Williams interroge et parodie avec intelligence les romans apocalyptiques, les dystopies et autres récits de survie. Empruntant au conte philosophique, à la tragédie grecque et à l’absurde, la langue de Williams, d’un lyrisme sombre, se met au service d’une réflexion sur les violences faites aux femmes et aux filles, leurs effets et leurs stigmates.

  • L'HEURE BLEUE, Pater Stamm, traduit de l’allemand (Suisse) par Pierre Deshusses, Christian Bourgois, août 2024
  • COUSINES, Patricia Grace, traduit de l'anglais (Nouvelle-Zélande) par Jean Anderson et Marie-Laure Vuaille-Barcan, Au vent des îles, août 2024

22 août 2024 : L’HEURE BLEUE de Peter Stamm, traduit de l’allemand (Suisse) par Pierre Deshusses, Christian Bourgois Éditeur
La jeune réalisatrice Andrea et son petit ami Tom espèrent beaucoup du documentaire sur l’écrivain Richard Wechsler qu’ils sont en train de tourner. Après un début laborieux à Paris, où le romancier vit depuis de longues années, ils l’attendent dans son village natal en Suisse, afin de poursuivre la production du film. Mais en l’absence de Wechsler, Andrea doit se contenter des indices trouvés dans ses livres ou les rares rushes captés sur les quais de Seine et au cimetière du Montparnasse pour obtenir des réponses à ses questions. Elle relève alors une allusion à un amour de jeunesse du grand homme et part à la recherche de la femme qui détient peut-être une partie des secrets qui entourent l’écrivain. Peut-on vraiment saisir l’essentiel de la vie d’un homme en interrogeant ceux qui l’ont aimé ?
Les chausse-trapes et les fausses pistes jalonnent ce nouveau roman de Peter Stamm, plus jubilatoire que jamais.
Notez également que Agnès, la magnifique première traduction romanesque de Peter Stamm, sera à nouveau disponible en poche à la rentrée dans la collection Satellites !

30 août 2024 : COUSINES de Patricia Grace, traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Jean Anderson et Marie-Laure Vuaille-Barcan, Au vent des îles
Cousines, de l’auteure néo-zélandaise d’origine māori Patricia Grace, est le seul roman que publiera Au vent des îles à la rentrée littéraire.
Comme son titre l’indique, le roman nous narre l’histoire de trois cousines māori, de leur enfance passée ensemble à la fin de leur vie, des années 40 à aujourd’hui. Trois cousines, trois voix, les trois M : Mata la muette, Makareta la militante et Missy la midinette.
Nous débutons et terminons cette histoire avec Mata, la cousine la plus sauvage, la timide, l’abandonnée, la vagabonde, celle qui toute sa vie attendra le retour de sa mère. Makareta, elle, est la plus rebelle de toutes et la plus militante, celle qui dira non à la communauté et deviendra infirmière. Et Missy est la plus romantique et la moins cultivée. Elle est également celle qui sauvera sa famille de la honte.
Cousines est une histoire de femmes à la fois entourées et solitaires, en apparence faibles mais plus fortes que les hommes (lâches, alcooliques, irresponsables). Si elles semblent les plus perdues, elles sont aussi les gardiennes de la culture et de la mémoire des anciens – prêtes à tout pour que se perpétuent les traditions. Enfin, ce roman raconte le long chemin pour s’affranchir à la fois de la domination masculine, coloniale et communautaire.
Entrez pleinement dans cette histoire ainsi que dans le quotidien, les coutumes et les traditions familiales māori ! Et croyez-moi : ces trois femmes-là, vous ne les oublierez pas de sitôt !

  • ULTRAMARINS, Mariette Navarro, Quidam éditeur, collection Les Nomades
  • AGNÈS, Peter Stamm, traduit de l'allemand (Suisse) par Nicole Roethel, collection Satellites
  • L'USINE, Hiroko Oyamada, traduit du japonais par Silvain Chupin, collection Satellites
  • LA VIE NOUVELLE, Tom Crewe, traduit de l'anglais par Étienne Gomez, collection Satellites
  • LE LIVRE DE DANIEL, Chris de Stoop, traduit du néerlandais (Belgique) par Anne-Laure Vignaux, collection Satellites

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